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Tendance 27 juillet 2018

TéléAVC : Soins d’importance vitale administrés à distance

C’est un peu comme la différence entre utiliser un produit déboucheur et faire appel à un plombier.

Il existe deux traitements très différents pour les accidents ischémiques cérébraux : le médicament tPA (activateur tissulaire du plasminogène) qui dissout les caillots, tandis que l’autre, le nouveau traitement TEV (traitement endovasculaire) élimine physiquement les caillots. Chacun sauve des vies et prévient l’invalidité.

Il y a environ 18 ans, le Dr Frank Silver et le Dr Ed Brown sont entrés dans l’histoire en créant TéléAVC. L’objectif était d’utiliser la télémédecine pour permettre au tPA d’être utilisé partout dans la province. Dépourvus d’expertise sur place concernant les AVC, les médecins d’urgence n’étaient pas en mesure de déterminer si le tPA serait utile ou, dans le cas d’un AVC hémorragique, nuisible. Et le tPA doit être administré moins de 4,5 heures après les premiers symptômes d’AVC, ce qui ne permet pas de transporter les patients vers des unités éloignées d’urgences neurovasculaires.

TéléAVC permet aux médecins d’urgence et à leurs patients de contacter les neurologues spécialisés dans le traitement des AVC des centres de santé majeurs grâce à la transmission de données et à la vidéoconférence. Huit consultations par TéléAVC ont eu lieu en 2002. En 2017, il y a eu 2 127 consultations. Le service est maintenant offert par OTN en partenariat avec CritiCall, et il est financé par le ministère de la Santé et des Soins de longue durée.

Le protocole TéléAVC a depuis été mis à jour pour inclure le TEV, utilisé depuis longtemps dans le traitement cardiaque et maintenant une norme de diligence pour le traitement clinique des AVC ischémiques très aigus, conformément aux Pratiques optimales de l’AVC au Canada.

« TéléAVC est un excellent exemple de la valeur de la télémédecine intégrée, » dit le Dr Brown, chef de la direction, OTN. « TéléAVC a fait progresser les soins de santé en Ontario en rendant l’administration des tPA accessible dans la plus grande partie de la province. Maintenant, 18 ans plus tard, TéléAVC facilite un autre progrès important dans le domaine de la santé : le TEV. »

Cependant, les choses ne sont pas si simples. Le tPA ne peut pas être administré aux patients qui prennent des anticoagulants ou qui ont récemment subi une intervention chirurgicale. Il fonctionne lentement, comporte un risque de saignement et n’ouvre pas toujours l’artère impliquée. Le TEV ne convient pas non plus à tous les patients, et le facteur temps est tout aussi crucial.

La norme actuelle est que les patients doivent être en mesure d’atteindre un centre de TEV dans un délai de six heures, bien que pour certains patients spécifiques, on constate des effets bénéfiques jusqu’à 24 heures après l’apparition des symptômes de l’AVC. Comme le disent les neurologues, le temps, c’est du cerveau. Une fois indiqué et disponible, toutefois, le TEV, de la perforation de l’aine à l’achèvement, peut prendre aussi peu que 15 minutes à administrer.

Bien que 28 petits hôpitaux ruraux dans le réseau TéléAVC soient capables d’administrer les tPA, seulement 10 hôpitaux en Ontario sont des centres de TEV.

« Si TéléAVC n’existait pas, on aurait dû trouver un système pour nous aider à étendre la portée des centres de TEV », dit le Dr Silver, directeur médical du programme sur les ACV du Réseau universitaire de santé. Il observe que le nombre de consultations par TéléAVC a augmenté de façon spectaculaire, passant de six appels par jour jusqu’à un maximum de 15.

« Il y a une augmentation de la sensibilisation aux AVC chez les patients qui savent qu’ils devraient se rendre à l’hôpital et plus de sensibilisation chez les médecins concernant le fait que nous avons des traitements qui peuvent faire une différence, du moment qu’ils sont administrés promptement. Grâce à TéléAVC, une fois que vous êtes aux urgences, il faut seulement 10 minutes pour qu’un neurologue qualifié spécialiste en AVC commence à offrir des conseils au médecin et à parler au patient et à la famille. »

Le Dr Silver dit que vous n’avez pas à être un statisticien pour constater que TéléAVC est rentable. « Vous avez un patient qui est incapable de parler, aveugle, paralysé après un AVC. Le résultat est soit une invalidité grave ou la mort. Le fait que nous ayons un traitement qui peut renverser cet inévitable résultat est extraordinaire. »

Malgré cela, remarquablement, plusieurs médecins en Ontario ignorent l’existence de TéléAVC. Un sondage Ipsos Reid effectué en 2015 a révélé que seulement 24 pour cent des médecins qui travaillent dans les hôpitaux de l’Ontario avaient entendu parler de TéléAVC.

Pour le Dr Silver, TéléAVC a offert une récompense supplémentaire sur le plan personnel. « Je suis passé d’une situation où les gens disaient : “Pourquoi voudriez-vous mettre l’accent sur un AVC qui peut être diagnostiqué mais non traité” à un système de santé offrant des tPA et des TEV. Il n’y a rien de plus gratifiant que de voir un patient qui ne pouvait pas bouger ou parler se mettre à bouger et à parler dès que le caillot est enlevé et regarder ce patient rentrer à la maison le lendemain. »

Pour de plus amples renseignements sur TéléAVC, veuillez visiter otn.ca/fr/telestroke.

A propos de l'auteur: SharonRose Airhart est une rédactrice et une éditrice d’OTN qui a travaillé et écrit à propos des soins de santé de l’Ontario pour plus de trois décennies.